Aujourd’hui, les femmes occupent une place bien visible à l’École nationale du meuble et de l’ébénisterie (ENME) et dans l’industrie du meuble. Pourtant, il fut un temps où leur présence relevait davantage de l’exception que de la norme.
À l’occasion du 60e anniversaire de l’ENME, il est important de rendre hommage à celles qui ont osé franchir les portes d’un milieu alors largement masculin. Grâce à leur détermination, leur talent et leur passion, elles ont contribué à transformer l’École et à inspirer les générations qui ont suivi.
Une première diplômée qui fait sa marque
En 1970, l’École du meuble et du bois ouvré (EMBO) remet son diplôme à sa première femme diplômée : Claudette Boulanger.
Trois ans plus tôt, cette jeune Beauceronne s’était inscrite en Techniques du meuble et du bois ouvré, option dessin. À une époque où les femmes étaient rarement présentes dans les ateliers et les salles de dessin, sa présence ne passait pas inaperçue. Mais loin de se laisser intimider, elle s’impose par son sérieux et sa détermination.
Pour son projet de fin d’études, elle accepte un défi inédit : concevoir un concept de cercueil, un sujet qu’aucun élève n’avait osé aborder auparavant. Son projet suscite beaucoup d’intérêt et lui permet d’obtenir son diplôme avec succès.
Après ses études, elle poursuit sa formation en design d’intérieur à Montréal avant d’entreprendre une carrière marquée par l’innovation et l’entrepreneuriat. Malgré certains préjugés rencontrés sur le marché du travail, elle gagne rapidement le respect de ses collègues et occupe des postes de direction. En 1987, elle fonde à Victoriaville l’entreprise CBM, spécialisée dans la conception et la fabrication de mobilier commercial.
Aujourd’hui retraitée, elle regarde son parcours avec fierté et affirme n’avoir jamais regretté son choix de carrière.
La première enseignante de l’École
Quelques années plus tard, une autre femme contribue à écrire une page importante de l’histoire de l’École.
Passionnée par le dessin, Huguette Bilodeau choisit elle aussi d’étudier dans un domaine alors principalement fréquenté par des hommes. Après avoir travaillé comme dessinatrice de meubles pour le gouvernement, elle saisit diverses occasions professionnelles qui l’amènent même jusqu’aux Îles Comores, en Afrique, où elle enseigne le dessin.
À son retour, elle s’intéresse aux projets internationaux de l’École et soumet sa candidature. Elle devient alors la première femme enseignante et demeure pendant plusieurs années la seule représentante féminine au sein du département d’enseignement.
Tout au long de sa carrière, elle transmet sa passion du dessin à des centaines d’étudiantes et d’étudiants. Son arrivée marque le début d’une diversification progressive du corps professoral. Aujourd’hui, les femmes représentent environ 30 % de l’équipe enseignante de l’ENME.
Une présence féminine en constante progression
Durant les années 1960 et 1970, le nombre de femmes inscrites à l’École demeure très faible. Dans les années 1980, elles représentent environ 5 % de la population étudiante.
C’est à partir des années 1990 que la situation évolue de façon plus marquée. La diversification des programmes, l’évolution des mentalités et l’ouverture croissante des métiers traditionnellement masculins contribuent à attirer davantage de femmes vers le domaine du meuble et de l’ébénisterie.
Depuis le début des années 2000, la proportion d’étudiantes oscille généralement entre 30 % et 40 %. Une progression remarquable qui témoigne du chemin parcouru.
Des étudiantes qui se distinguent
Au fil des années, de nombreuses étudiantes ont démontré leur savoir-faire, leur créativité et leur excellence académique.
Plusieurs ont reçu des distinctions prestigieuses, notamment des bourses d’études, des prix Méritas et des reconnaissances de l’industrie. D’autres ont été honorées dans le cadre du concours Chapeau, les filles!, qui met en lumière les femmes choisissant des professions traditionnellement masculines.
Une histoire qui continue de s’écrire
L’histoire des femmes à l’ENME est avant tout une histoire de passion, d’audace et de persévérance. En ouvrant la voie, des pionnières comme Claudette Boulanger et Huguette Bilodeau ont contribué à faire évoluer les mentalités et à démontrer que le talent n’a pas de genre.
Soixante ans après la fondation de l’École, leur héritage est bien vivant. Chaque année, de nouvelles étudiantes choisissent l’ENME pour développer leur créativité, perfectionner leur savoir-faire et bâtir une carrière dans un domaine où elles ont toute leur place.
Et l’histoire est loin d’être terminée.